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"Ne pas se couper les doigts..."

Dernier modèle réduit, inspiré mais de façon éloignée des immeubles qui se pressent devant le balcon de mon atelier provisoire du boulevard Poniatowsky, de l’autre côté des voies ferrées rouillées de la petite ceinture. On notera l’allure assez massive et carrée (due probablement à la découverte de nouveaux outils, la «règle» et l’«équerre»), contrebalancée par un toit très cheminesque*. Ici pas d’immeubles de guingois ; normal puisque les immeubles concernés sont relativement plus récents, datant du début des années 1900.

L’avant de l’immeuble ne m’ayant pas du tout inspiré, c’est uniquement le côté «cour» qui est reproduit, ce modèle n’a donc pas de verso. Dimensions : largeur 55 cm ; profondeur 21 cm ; hauteur 40 cm. Du fait des dimensions qui augmentent (et me laissent entrevoir la possibilité un jour de pouvoir habiter dans mes propres créations si je deviens SDF), on notera une certaine abondance de détails : croisées de fenêtres, lanterneaux par exemple.

* cheminesque, adj : se dit d’un toit qui par ses nombreux éléments (cheminées mais aussi lanterneaux, lucarnes, corniches, mitrons, etc.) invite au cheminement du corps, de l’œil ou de la pensée. (DicoPlumo)

Interruption temporaire. Probable prochain épisode : tests de colle de farine ou de riz, d’enduits au fromage blanc ou à la caséine, enduit à la colle de peau et à la chaux éteinte, peinture à l’oeuf, etc. Une drôle de cuisine…  À bientôt !

Voici quelques traces photo de l’étape carton pour les trois premiers modèles réduits. Quel plaisir ! Espérons que les étapes suivantes enrichiront cette belle matière sans l’abîmer…

Les dimensions pour vous donner une idée :
«Toits #1» : largeur : 25 cm – longueur : 35 cm – hauteur : 15 cm
«Vieux Paris #1» : largeur : 22 cm – longueur : 27 cm – hauteur : 28 cm
«Rue Galande» : largeur : 30 cm – longueur : 50 cm – hauteur : 35 cm
Comme vous le voyez, le dernier modèle – dont l’échelle est pour moi plus confortable (moins de minutie) – oriente vers des constructions de taille déjà maousse.

Nouveau modèle en cours avant les essais colles / enduits / peintures : “Petite ceinture #1″. À suivre !

Lectures…

Une lecture actuelle qui éloigne de Paris, mais offre un rapport certain avec les toits…

Toits de Moustiers Sainte Marie, photo P. Desvignes

“Les hommes sont bien malheureux, se disait Angelo. Tout le beau se fait sans eux. Le choléra et les mots d’ordre sont de leur fabrication. Ils écument de jalousie ou périssent d’ennui, ce qui revient au même s’il ne leur est pas donné d’intervenir. Et s’ils interviennent alors c’est la prime à l’hypocrisie et au délire. Il suffit d’être ici ou dans les solitudes que je traversais à cheval l’autre jour pour savoir où se trouvent les vrais combats, pour devenir très difficile sur les victoires à remporter. Somme toute pour ne plus se contenter de peu. Dès qu’on est seul les choses vous conduisent d’elles-mêmes et vous forcent toujours à prendre les chemins les plus durs à gravir. Mais alors, même si l’on n’arrive pas, quels beaux points de vue, et comme tout vous rassure.”

Le Hussard sur le toit, Jean Giono

Toits de Cucuron, photo de Jim Charlton

 

Paris miniature : construction d'un premier pâté de maisons

Le Paris en carton a commencé à se construire. D’abord, pour se faire la main, un ensemble de toits seuls, puis un premier pâté d’immeubles. Ma technique d’avancée “en favela” semble la plus appropriée, en tous cas pour moi la plus excitante : un mur, un immeuble, un toit, un autre mur par ci et par là, une autre maison, un autre toit, etc.  chaque élément appelant en quelque sorte le suivant. Le pâté s’arrête comme s’arrête un tableau, quand les modifications qu’on voudrait apporter enlèvent plus qu’elles n’ajoutent. Évidemment ce type de construction a plusieurs conséquences : si je m’appuie sur la foule d’éléments visuels dont je dispose, et si donc on retrouve ici ou là un toit, un immeuble, un recoin existant, la maquette a sa propre logique et ne reproduit pas un endroit donné. Tant mieux sans doute. Ensuite, et du fait même de cette construction par ajouts successifs, les modèles risquent davantage de correspondre à un “vieux” Paris plutôt qu’à la ville actuelle reflétant les planifications hyper organisées d’Haussmann. Bon, de toutes façons les choses iront où elles voudront aller, suivons le mouvement.

Toits et cheminées parisiens en cartonDans l’carton, tout est bon !

Pas de doute, il était temps de se remettre à la matière pour écarter les doutes naissant quant à ce projet de recréer des “maisons en carton”. Retrouver un vieux camarade comme le carton redonne énergie et plaisir de jouer (parce que les adeptes du bricolage savent que tout ça est sous-tendu par l’amusement et le jeu des mains, vilain ou pas). Exploré de façon libre par collages dès 1990, le carton était la base des “maisons” montréalaises. Mais là c’était un peu un carton “honteux” puisqu’il se cachait sous d’épaisses couches d’enduits et de peintures acryliques et aurait tout aussi bien pu être remplacé par un autre matériau. Apparemment rien de tel dans les maisons parisiennes actuellement en démarrage : le carton se montre avec ses textures et ses accidents. Tant mieux !

Cartons divers du bac de recyclageLe bonheur est dans la poubelle

Le bac de recyclage et les rebuts de supermarchés regorgent de merveilles : cartons fins des boîtes de biscuits ou des pots de crèmes, emballage de papier toilette, etc ; cartons ondulés à double ou triple cannelure (mention spéciale pour les gros cartons De Cecco du Franprix de la rue de Picpus) ; certains cartons à chaussures à mini ondulations (merci à Marie Jo pour l’information) ; les cartons d’Amazon ; des cartons mous, des cartons durs ; des boîtes d’oeufs en papier mâché, etc. Bouts dedifférents  cartonsSans oublier la gamme des papiers, papiers journaux. J’opte pour le Canard Enchaîné avec son encre qui tâche. Je n’ai pas l’orgueil d’espérer comme des amis potiers que mes bricolages seront conservées et déterrés dans 2000 ans, mais au cas où cela adviendrait, je préfère que les gens d’alors puissent avoir des lectures distrayantes. Évidemment bien d’autres matériaux seraient à explorer : boîtes de conserve, cannettes en alu. Un jour peut-être, il faudra alors voir quelque maître africain du recyclage…

Textures du cartonFaire de la texture

Le carton c’est aussi une facilité : un matériau versatile qui ne nécessite que des outils simples. Et une gamme de transformations permettant de souligner la texture ou de la créer, déchirer d’un bloc ou par “strates”, recoller, frotter à la brosse de fer, humidifier, plier et triturer. Un jeu d’enfant vous dis-je… Sans compter les erreurs, les repentirs, les mauvaises coupes, toutes bonnes choses que je peux ici garder pour enrichir encore la matière.

L’étape suivante ? Quand certains de ces squelettes cartonnesques auront l’air assez solides pour savoir marcher tout seuls, commencer les tests des enduits et des peintures bios. Quelle aventure ! Quel suspense insoutenable ! À suivre…

"FOLLIES BURLESK" (1987), burger joint miniature - sculpture de Alan Wolfson,

Alan Wolfson recrée des environnements urbains miniatures. Extérieurs qui se prolongent parfois par des vues d’intérieur complexes et rehaussés par des effets d’éclairage. Des œuvres majeures dont la réalisation nécessite plusieurs mois.

Les pièces sont rarement des représentations exactes de lieux existants. Il s’agit plus d’une combinaison de détails tirés de nombreux endroits différents et d’autres nés de l’imagination de l’artiste.

Observées avec attention, ces œuvres racontent une histoire. Il n’y a jamais de personnes présentes, mais les traces matérielles qu’elles laissent derrière elles – ordures, graffitis,  indice sur la table d’un “diner”, participent d’un scénario…

Plus d’information sur le site d’Alan Wolfson. Merci à Catherine Helwig qui m’a indiqué ce lien !
Interview de l’artiste sur le site du Museum of Arts and Design de New York.

Promenons-nous dans Paris,
pendant que les Parisiens n’y sont (presque) pas.
C’est le problème d’être à Paris et de prendre la ville comme modèle, on est tenté de se balader plutôt que de travailler…

L’album Picasa avec géolocalisations ICI.

Toits de Paris #6 - crayon et aquarelle sur papier journal encollé

Dessiner Paris vu du haut et l’aborder par ses toits semble être une voie d’accès intéressante pour les futures représentations “cartonnesques”. Rien de nouveau finalement puisque ce sont les toits qui m’ont toujours le plus fasciné à Paris, et que leur dessin permet d’aller d’une représentation anecdotique à quelque chose d’(un peu plus) abstrait. Logiquement le premier modèle en carton naît de ces dessins de toits. Le travail reste laborieux mais l’énergie revient. J’opte pour une approche “en favela” plutôt que “à la Haussmann” : agrégation progressive plutôt que plan d’ensemble. À suivre… j’espère !

Plan de travail, toit de Paris en carton et en construction...

Toits #1 carton - en construction

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