« Maison Haute # 1 », couleur

La  Maison Haute # 1 — inspirée par une photo de Laurent Chéhère — aura mis du temps à trouver son aboutissement, dépassée entre-temps par ses grandes sœurs, les « Maisons Très Hautes ». Ces dernières refusaient tout enduit et peinture pour garder au carton sa complète expressivité. Mais — mouvement de balancier oblige — il était ici intéressant de gommer les couleurs et textes imprimés du matériau pour ne plus compter que sur sa texture. Retour donc des enduits et de la couleur ; mais cette dernière, loin d’un coloriage, ne consistant qu’en « jus » hâtifs (presque exclusivement gris de Payne et terre de Sienne naturelle). Quelques « accents » — un peu de noir aux fenêtres pour la profondeur — et l’objet reste plus proche de la sculpture que de la peinture.

« Grande Maison #1 » : changer de cap, retrouver le matériau

C’est un problème récurrent de mes « maisons en carton ». Le matériau n’est pas visible, trop peu exploité dans sa forme, sa « maniabilité », sa texture. Découpé, collé, pas assez déchiré, tordu. Dans les « maisons » de Montréal, il était recouvert — caché ? —  par les enduits, les dessins et l’épaisse couche de couleurs acryliques. Peut-être parce qu’une matière d’aspect trop brut ne « collait » pas au style très coloré et « cartoon » d’alors.
Pourtant, travailler le carton pour moi c’est d’abord renouer avec ma « jeunesse artistique », avec ces anciens tableaux où (p)rimaient liberté, plaisir et bricolage…

carton, papier, ficelle - 1992

Retour en France et recréation des « maisons », cette fois parisiennes. Dès le début, il y avait une volonté de montrer davantage le matériau. Hum, quelques ondulations transparaissent bien ici et là mais… peut mieux faire. Donc, continuer à travailler, en attendant que le changement vienne de lui-même. Chercher à retrouver l’excitation de l’œil et et le jeu des mains – jeu de vilain ! — avec le matériau.

Les si belles réalisations de l’amie et collègue Marie Jo Gustave m’interrogeaient depuis longtemps. Car là le carton ondulé existe pour lui-même, la beauté des objets naît d’une utilisation assumée de ses formes, de ses textures, de ses couleurs. Pas d’écran à part peut-être celui d’un vernis ? entre la matière et le spectateur.

La découverte des photographies de Laurent Chéhère et de ses « Flying Houses » m’interpellait ; des immeubles simples, « flottants ». Pour moi un clin d’œil aux maisons de Montréal et du Québec : la plupart étaient « coupées en deux » avec un petit trou à l’arrière, destinées non pas à être posées sur un meuble mais à être accrochées à un mur sur lequel elles semblaient en quelque sorte librement… « flotter ».

Alors, parallèlement aux commandes en cours, le projet d’un « autre » immeuble est à l’étude, « Grande Maison #1 ». Simple dans sa forme, « coupé en deux » pour pouvoir « flotter » sur un mur ; reproduit à une plus grande échelle pour que les accidents et défauts du carton subsistent et participent à une texture globale de l’objet….
…et déjà le plaisir et l’excitation sont là, le matériau revit ! Moins de traits tracés à la règle ; laisser exister les hasards, les accidents, les repentirs ; garder sur la table de travail toutes les chutes de carton, pour le plaisir de l’œil et parce qu’elles sont un beau réservoir à idées.

Bien sûr si l’objet est satisfaisant, cette nouvelle orientation impliquera d’autres choix dans les étapes suivantes, plâtre, enduits, mise ou non en couleur qui toutes devront ajouter et non retrancher… Bon, chaque chose en son temps.

À suivre !

 

Les « maisons volantes » de Laurent Chéhère

laurent_chehere

Les « Maisons volantes » de Laurent Chéhère s’inspirent des quartiers pauvres et cosmopolites de Paris comme Belleville et Ménilmontant où vit l’auteur. À travers un constat tragique et mélancolique, elles témoignent poétiquement et subtilement d’une réalité contemporaine alarmante en dévoilant les méandres et les inquiétudes d’une classe appauvrie de la société, en particulier les gens du voyage et les immigrés.  L’auteur isole ces bâtiments de leur contexte urbain et tente de les sortir de l’anonymat de la rue pour raconter la vie, les rêves et les espoirs de ces habitants.

Techniquement, c’est un photomontage, après une esquisse, il photographie des centaines d’éléments, toit, fenêtres, gouttière, cheminée, personnages, antennes, graffitis et ciel, ensuite assemble tout sur son ordinateur avec un logiciel de retouche numérique. En galerie, les images sont montrées en très grand format (120×120 cm) et laissent aux curieux le loisir d’observer les détails de ces re-constructions méticuleuses en proposant une double lecture, une de loin et une de près. L’artiste utilise cette distance pour proposer un point de vue différent et alerter contre les idées reçues et les préjugés. Il convoque et mélange ses influences, Hayao Miyazaki, Jules Verne, Albert Robida, Moebius, Andrei Tarkovski, Federico Fellini, Dino Risi, Albert Lamorisse, Marcel Carné, François Truffaut, Claude Sautet, Michelangelo Antonioni, Wim Wenders.

Tous les ingrédients sont là, la comédie, le drame, la poésie, la noirceur, l’onirisme, le rire et les larmes… tous s’entremêlent. L’auteur donne quelques clés mais ces maisons qui volent restent ouvertes à l’interprétation et c’est finalement l’observateur qui fera son propre chemin.

Texte et photo © Laurent Chéhère
Source : site de Laurent Chéhère
Voir aussi la page consacrée aux « Flying Houses » sur le blog Lumières de la ville